Les abeilles sauvages de France ont désormais leur bibliothèque génétique de référence. Dans une actualité publiée en octobre 2026, l’INRAE présente le travail du laboratoire Dynafor, à Toulouse, qui a constitué des bases de données naturalistes et moléculaires couvrant la quasi-totalité des espèces du pays. Pour tous ceux qui s’intéressent aux plantes, c’est une avancée qui touche directement à la pollinisation des fleurs, des arbres fruitiers et de la flore sauvage.
Les points :
Près de 1 000 espèces d’abeilles sauvages en France #
Quand on pense « abeille », on pense souvent à l’abeille domestique et à la ruche. Pourtant, la France abrite près de 1 000 espèces d’abeilles sauvages, rappelle l’INRAE. Elles assurent une grande part de la pollinisation des cultures, des arbres fruitiers et des plantes sauvages. Et leur déclin, lié notamment à l’agriculture intensive, à l’urbanisation et aux pesticides, est qualifié d’« alarmant » par l’institut.
Selon l’INRAE, la France se classe au 4ᵉ rang européen pour la diversité des abeilles sauvages, mais les outils pour les étudier et les protéger manquaient jusqu’ici. Beaucoup d’espèces se ressemblent tellement qu’il est difficile de les distinguer à l’œil nu, même pour un spécialiste.
À lire COP17 à Erevan : ce que le bilan mondial de la biodiversité change pour les plantes
Plus de dix ans de collecte dans le Sud-Ouest #
Depuis 2010, des chercheuses et chercheurs du laboratoire Dynafor (Toulouse INP-AgroToulouse, EI Purpan, INRAE) ont participé à la collecte de plus de 24 000 spécimens d’abeilles sauvages dans la Zone Atelier Pyrénées-Garonne, un territoire représentatif des mosaïques de paysages du Sud-Ouest. Cette collection couvre 270 espèces, soit près de 30 % de la diversité française. Ces inventaires ont fait l’objet d’une publication dans la revue Biodiversity Data Journal en 2024.
Deux bases ADN de référence #
À partir de ce travail, les scientifiques ont bâti deux bases moléculaires, détaillées par l’INRAE.
Une base régionale
Elle s’appuie sur le code-barre ADN 16S et rassemble 530 individus représentant 171 espèces, soit 63 % des abeilles de la zone d’étude.
Une base nationale : CODABEILLES
Fruit d’une collaboration entre 16 partenaires du réseau thématique de recherche en écologie de la pollinisation (RT Pollineco), elle repose sur le code-barre ADN COI et couvre 94 % des 982 espèces d’abeilles sauvages de France. Elle a été publiée dans BMC Ecology and Evolution le 13 novembre 2025.
À lire Pervenche : Propriétés Médicinales & Bienfaits
Le principe du code-barre ADN est simple : une courte séquence d’ADN, caractéristique de chaque espèce, est comparée à une base de référence. C’est un peu l’équivalent, pour les insectes, d’une clé de détermination botanique, mais lue dans les gènes plutôt que dans la forme des feuilles ou des fleurs.
Suivre les abeilles sans les capturer, grâce aux fleurs #
C’est sans doute l’aspect le plus intéressant pour les amateurs de plantes. Ces bases alimentent désormais des projets de suivi non létal de la biodiversité. Grâce au métabarcoding, il devient possible d’analyser l’ADN environnemental déposé sur les fleurs, c’est-à-dire les traces laissées par les abeilles lors de leurs visites.
« Ces bases de données sont une première étape cruciale pour déployer des méthodes innovantes de suivi des pollinisateurs, sans avoir à capturer ou tuer les insectes. Elles nous permettent aussi d’affiner les listes rouges des espèces menacées et de mieux comprendre leurs interactions avec les plantes », explique Magalie Pichon, chercheuse à INRAE et co-autrice des travaux, citée par l’institut.
Autrement dit, la fleur devient elle-même un outil d’observation. En analysant ce qui reste sur les pétales, on peut savoir quelles espèces d’abeilles l’ont fréquentée, et mieux comprendre quelles plantes comptent vraiment pour quels pollinisateurs.
À lire Mauve : Propriétés Thérapeutiques et Usages
Des listes rouges mieux informées #
Ces données servent aussi à établir les listes rouges, qui évaluent l’état de conservation des espèces. L’INRAE indique que ces méthodes pourraient être intégrées à des programmes de suivi comme le Plan national en faveur des insectes pollinisateurs ou le dispositif européen EUPoMS. À terme, l’objectif affiché est un suivi en temps réel de la biodiversité, pour adapter les politiques de protection.
Ce que l’on peut faire à l’échelle d’un jardin #
Ces travaux rappellent que les abeilles sauvages dépendent étroitement de la diversité des plantes qui les entourent. Sans prétendre remplacer la recherche, chaque jardinier peut contribuer à leur offrir un environnement favorable.
Varier les floraisons tout au long de l’année est un bon point de départ : aromatiques, arbustes mellifères, fleurs sauvages locales et arbres fruitiers se relaient au fil des saisons. Laisser un coin de jardin moins entretenu, avec quelques plantes spontanées et des tiges sèches en hiver, offre aussi des abris à de nombreuses espèces.
Limiter les traitements chimiques, accepter un peu de sol nu ou un talus, préférer les espèces locales aux variétés très horticoles aux fleurs doubles, souvent moins accessibles aux insectes : ce sont autant de gestes simples qui vont dans le sens de la conservation.
À lire Plantain : Bienfaits et Propriétés Médicinales
L’automne, enfin, est une bonne période pour planter arbustes et vivaces qui fleuriront dès le printemps, au moment où beaucoup d’abeilles sauvages sortent de leur repos hivernal.




