Deux reportages publiés cette semaine dans la presse du Sud-Ouest racontent la même histoire par deux bouts différents. Dans le Gers, une productrice a bâti en trois ans une petite activité autour de la rose. En Aveyron, un ancien opticien a déplacé sa safranière pour fuir la chaleur et le manque d’eau. Deux parcours, une même famille de cultures : les plantes à parfum, aromatiques et médicinales, que la profession désigne sous le sigle PPAM. Et une même question en arrière-plan : quelles plantes tiennent encore quand les étés deviennent plus secs ?
Les points :
Dans le Gers, des rosiers qui ont passé la canicule #
À Miramont-d’Astarac, Ninon Gillet, ancienne ergothérapeute, a planté ses premiers rosiers début 2023. Elle explique à La Dépêche du Midi qu’elle va atteindre 140 rosiers cette année. Elle travaille des roses des familles damascena et gallica, les deux grandes lignées historiques des roses à parfum, qu’elle transforme en eau de rose distillée à l’alambic, en sirop ou en gelée.
Ce qui retient l’attention, c’est la façon dont elle parle de l’eau. Ses rosiers « ont bien tenu pendant la canicule », dit-elle, avec un arrosage réservé aux périodes de très fortes chaleurs, grâce à une retenue collinaire partagée avec un maraîcher voisin. Elle avance une idée familière à beaucoup de cueilleurs : une plante qui se contente des ressources qu’elle trouve serait plus concentrée en principes aromatiques. C’est son expérience de productrice, pas une mesure, mais elle rejoint un savoir ancien des jardins de plantes à parfum, où l’on évite de « gaver » les végétaux.
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L’installation n’a pas été sans accrocs. Elle cite la grêle en 2025, puis la sécheresse en 2026, qui l’empêchent d’atteindre son prévisionnel. Le Département du Gers, de son côté, voit dans les PPAM une « piste prometteuse » face au changement climatique et a lancé l’an dernier des rencontres entre acteurs de la filière, toujours selon le quotidien.
En Aveyron, une safranière qui a changé de région #
Le second récit vient de Centre Presse Aveyron. Jorge Fernandes a planté ses premiers bulbes de safran près de Pézenas, dans l’Hérault, en 2010. Il y a trois ans, il a transféré sa production à La Capelle-Bleys, en Aveyron : les difficultés d’accès à l’eau et des températures de plus en plus contraignantes l’ont poussé à chercher un climat plus favorable. Il cultive aussi des plantes aromatiques et transforme ses récoltes en sirops, gelées et confiseries, en agriculture biologique.
Le safran, Crocus sativus, est une plante d’automne : il fleurit en ce moment même, et la récolte des stigmates se fait à la main, fleur par fleur, ce qui explique sa rareté. Le choix de remonter vers des terres plus fraîches montre qu’une culture réputée méditerranéenne peut, elle aussi, souffrir d’étés trop durs.
Ce que ces parcours disent pour le jardin #
On ne transforme pas son potager en exploitation de PPAM, mais ces témoignages rappellent quelques principes utiles à qui cultive des plantes à parfum chez soi.
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Choisir des variétés rustiques et anciennes
Les roses de Damas et les roses gallica sont des rosiers anciens, souvent plus robustes que bien des hybrides modernes et très parfumés. Plantés à racines nues, de novembre à mars hors période de gel, ils ont tout l’hiver pour s’installer avant leur premier été. C’est précisément le bon moment pour en commander.
Arroser peu, mais au bon moment
Un rosier bien installé, paillé et planté profond supporte mieux la sécheresse qu’un rosier arrosé un peu tous les jours, dont les racines restent en surface. Le paillage organique, la récupération d’eau de pluie et un arrosage copieux mais rare pendant les épisodes de chaleur valent mieux qu’un arrosage quotidien.
Penser au safran pour l’an prochain
Les bulbes de safran se plantent en fin d’été, dans un sol très drainant, en plein soleil. Ils craignent surtout l’humidité stagnante. Quelques dizaines de bulbes suffisent pour une première expérience au jardin et une petite récolte à l’automne suivant, à cueillir le matin, quand les fleurs viennent de s’ouvrir.
Une filière qui cherche à s’organiser #
Ninon Gillet plaide pour des groupements d’achat entre producteurs : « On utilise tous le même sucre chez le même fournisseur, le même flacon », remarque-t-elle dans La Dépêche. Pour les amateurs d’herboristerie, ces petites fermes vendent le plus souvent en direct, sur les marchés ou à la ferme. C’est aussi une façon de savoir d’où viennent les plantes que l’on met dans ses tisanes et ses flacons, et de voir de près comment une rose ou un crocus traverse un été de plus en plus chaud.




