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Brest et Mulhouse croisent leurs banques de graines pour sauver les plantes insulaires disparues

Elles n’existent plus dans leur île d’origine, ou presque plus, mais leurs graines dorment en France. Le conservatoire botanique national de Brest et le conservatoire botanique de Mulhouse viennent de s’associer pour mettre en commun leurs collections de plantes insulaires menacées. Une alliance discrète, révélée le 28 octobre par L’Alsace, qui dit beaucoup de la façon dont on sauve aujourd’hui une espèce végétale : graine par graine, et à plusieurs.

Deux conservatoires, une même spécialité rare #

La France compte treize conservatoires botaniques. Selon le quotidien alsacien, seuls deux d’entre eux disposent d’une banque de graines océaniques, c’est-à-dire de semences venues d’îles réputées pour leur biodiversité : Brest et Mulhouse.

Brest est connu des botanistes du monde entier. Créé en 1975, il se présente comme le premier jardin botanique français spécialisé dans le sauvetage des plantes menacées, et il détient, d’après l’article, la plus importante collection de plantes menacées au monde. Mulhouse, dont le conservatoire dépend du service des espaces verts de la ville, conserve lui aussi des taxons insulaires au bord de l’extinction ou déjà disparus dans leur milieu naturel.

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Dans un premier temps, le rapprochement portera sur la flore de l’archipel Juan Fernández, au large du Chili.

Pourquoi croiser les collections #

L’argument principal est la sécurité. Une banque de graines est un coffre-fort fragile : une panne, un incident de conservation ou un lot qui perd sa capacité à germer peut suffire à faire disparaître la dernière trace d’une espèce. Dupliquer les lots dans deux établissements éloignés réduit ce risque. « Il nous aidera à sécuriser nos graines en croisant nos collections », explique Stéphane Buord, directeur scientifique du conservatoire de Brest, cité par L’Alsace.

Le second argument tient au savoir-faire. Faire germer une graine sauvage rare n’a rien d’une opération de jardinerie. Toujours selon Stéphane Buord, « chaque graine a un mode d’emploi différent et on les découvre avec l’expérience et le ressenti ». Nicolas Gazut, directeur des espaces verts de Mulhouse, le résume plus sèchement : « Ces plantes-là ne sont pas des pétunias, c’est tout sauf évident de les cultiver, autant partager notre savoir-faire. »

Ce qu’une graine sauvage exige

Pour qui s’intéresse aux plantes, c’est le cœur du sujet. Beaucoup d’espèces insulaires produisent des graines dormantes : un tégument très dur, un besoin de froid, de chaleur ou de passage dans le tube digestif d’un animal. Sans le bon prétraitement, le lot reste inerte. Ces protocoles se construisent au fil des essais et s’écrivent rarement dans les manuels. Les partager entre deux équipes revient à doubler l’expérience disponible pour chaque espèce.

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Le toromiro, symbole d’une flore sauvée hors de chez elle #

Le cas le plus parlant est celui du Sophora toromiro, petit arbre à fleurs jaunes de l’île de Pâques. D’après L’Alsace, Brest et Mulhouse sont les deux seuls endroits de France où l’on peut en voir pousser, et ils figurent parmi les rares lieux au monde où il est enraciné.

L’histoire de l’espèce est connue des botanistes. Le dernier toromiro sauvage survivait près du cratère du volcan Rano Kau. Selon Radio Agricultura, qui a suivi le programme chilien de réintroduction, l’arbre s’est éteint dans son milieu naturel en 1960, après des siècles de déforestation, de pâturage et de coupe pour son bois. Des graines avaient été récoltées dans les années 1950, notamment par l’expédition de l’anthropologue norvégien Thor Heyerdahl, qui les a rapportées en Europe. C’est de ces récoltes que descendent les arbres conservés aujourd’hui en jardins botaniques.

Le retour sur l’île est en cours, mais il se révèle difficile. Le même média chilien rapporte que 287 plantules, germées à partir de semences du jardin botanique de Viña del Mar, ont été envoyées à Rapa Nui en juillet 2025. L’Alsace souligne de son côté un obstacle très concret : dans le sol de l’île manquent certains organismes qui vivaient en symbiose avec l’arbuste et lui assuraient sa viabilité. Réintroduire une plante ne suffit pas si son écosystème, jusqu’aux micro-organismes du sol, n’est plus là.

D’autres espèces revenues de loin #

Le quotidien cite aussi le Cylindrocline, petit arbuste de l’île Maurice. Il s’était éteint malgré la conservation de ses graines, puis il a été ramené à la vie grâce aux biotechnologies. Il a fallu vingt-cinq ans de travail, mais l’espèce pousse de nouveau dans la forêt mauricienne. Le tiare ‘apetahi et un palmier dit « suicidaire » figurent dans la même liste des plantes insulaires dont les graines sont conservées en attendant un retour possible.

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Les deux conservatoires gèrent ces banques sans calendrier fixe. Les graines patientent jusqu’à ce que les conditions d’un retour sur la terre d’origine soient réunies : habitat restauré, herbivores introduits maîtrisés, partenaires locaux prêts à suivre les plantations.

Pourquoi cela nous concerne aussi #

Ces collections ne servent pas seulement à préserver des curiosités lointaines. Les responsables rappellent que ces plantes relèvent d’un patrimoine international, et que certaines intéressent la recherche. Nicolas Gazut cite la pervenche de Madagascar, utilisée contre certaines leucémies, pour rappeler que les universités recherchent ce type de matériel végétal.

Pour l’amateur de botanique, l’alliance Brest-Mulhouse est aussi une invitation à regarder autrement les serres tropicales que l’on visite en famille. Derrière une étiquette discrète se cache parfois la dernière population vivante d’une espèce. Le conservatoire de Brest se visite, tout comme le parc zoologique et botanique de Mulhouse. On y voit, dans quelques mètres carrés de serre, ce que la conservation végétale a de plus concret : des graines triées, datées, mises à germer, puis transmises.

Une graine bien conservée peut attendre des décennies. Encore faut-il qu’elle soit à l’abri en plusieurs endroits, et que quelqu’un sache encore la faire germer. C’est précisément ce que Brest et Mulhouse viennent d’organiser.

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