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Dombeya boulletiana, un arbrisseau inconnu de la science découvert sur le mont Choungui à Mayotte

Elle mesure entre 70 centimètres et 1,50 mètre, fleurit en juin et juillet, et toute sa population connue tient sur une vingtaine de mètres carrés. Dombeya boulletiana est une espèce nouvelle pour la science, décrite de Mayotte par trois botanistes dans la revue Adansonia, éditée par le Muséum national d’Histoire naturelle. Un arbrisseau discret, accroché aux rochers du mont Choungui, qui rappelle que la flore française d’outre-mer n’a pas fini d’être inventoriée.

Une découverte faite sur les pentes du Mlima Choungui #

Tout commence en 2020. Lors d’une exploration du Mlima Choungui, le sommet emblématique du sud de Grande-Terre, Abassi Dimassi récolte plusieurs spécimens d’un Dombeya qui ne ressemble à aucun autre. Les auteurs parlent d’une « combinaison originale de caractéristiques morphologiques au sein du genre ». Il faudra plusieurs années et une étude combinant morphologie, écologie et données moléculaires pour que Timothée Le Péchon, Abassi Dimassi et Marc Pignal concluent qu’il s’agit bien d’un taxon nouveau, endémique de l’île.

Le spécimen de référence, l’holotype, a été récolté en fleurs au sommet du mont, à 532 mètres d’altitude, dans un fourré dominé par Notobuxus madagascarica et Olea capensis. Il est déposé à l’Herbier national de Paris, avec des doubles envoyés dans plusieurs herbiers européens et américains ainsi qu’à l’herbier de Mayotte.

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Comment reconnaître ce Dombeya #

Le genre Dombeya, de la famille des Malvacées, compte environ 200 espèces réparties entre l’Afrique, Madagascar et les îles du sud-ouest de l’océan Indien. Madagascar concentre à elle seule plus de cent cinquante espèces décrites. Distinguer un nouveau venu dans cet ensemble demande donc de l’attention aux détails.

Un arbrisseau aux feuilles glabres

Selon la publication complète, D. boulletiana est un arbrisseau de 0,7 à 1,5 mètre. Ses feuilles et ses sépales sont glabres, avec seulement une pilosité peu dense à l’extrémité des pétioles. Ses stipules sont fines et pointues (subulées), ses bractées persistantes et de forme ovale.

Des fleurs blanc rosé de petite taille

Les inflorescences, des cymes légèrement contractées d’une dizaine de centimètres, portent le plus souvent de trois à six fleurs. Les pétales, blanc rosé, mesurent environ 10 millimètres sur 10. La fructification, elle, reste inconnue à ce jour : l’espèce n’a été observée en fleurs qu’en juin et juillet.

Des cousins malgaches très différents

Par son allure, la plante se rapproche de D. rottleroides, une espèce de Madagascar. Mais l’arbre phylogénétique la place à côté d’une autre malgache, D. cacuminum, un lien de parenté que les auteurs jugent eux-mêmes « peu soutenu ». Le contraste entre les deux est frappant : D. cacuminum est un grand arbre de 12 à 15 mètres, aux feuilles couvertes d’une pilosité brun-roux dense, dont les pétales atteignent 40 à 45 millimètres de long. Pour les amateurs d’identification, l’article fournit une clé des Dombeya de Mayotte et des Comores, en français et en anglais.

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Une dizaine d’individus sur un seul rocher #

C’est le point le plus préoccupant de la description. Dombeya boulletiana n’est connue que d’une seule population d’une dizaine d’individus, sur les pentes rocheuses et escarpées situées sous le sommet. Les arbustes sont « fermement enracinés dans le substrat pierreux », et l’aire totale de répartition est estimée à environ 20 m².

Les auteurs n’excluent pas que l’espèce pousse ailleurs sur la montagne, mais rappellent que de nombreux inventaires y ont déjà été menés selon un maillage rigoureux. En l’état, ils proposent de la classer en danger critique d’extinction (CR) selon les critères de l’UICN, la catégorie la plus élevée avant l’extinction à l’état sauvage. Une aire aussi minuscule la rend particulièrement vulnérable au feu et aux cyclones tropicaux, comme Chido, cité dans l’article.

Protégée, mais sur un sommet très fréquenté

Le Mlima Choungui est classé dans la Réserve naturelle nationale de Mayotte, et la station de la plante est difficile d’accès, ce qui constitue une protection naturelle. Le mont reste pourtant un haut lieu touristique de l’île : la publication évoque une surfréquentation et la présence de sept espèces exotiques envahissantes, qui n’affectent toutefois pas directement la zone où pousse ce Dombeya.

Un nom en hommage à Vincent Boullet #

L’épithète boulletiana honore Vincent Boullet (1956-2024), botaniste et phytosociologue qui a, selon les auteurs, très largement contribué à la connaissance de la flore et des habitats des territoires de l’océan Indien.

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Mayotte, un territoire encore à explorer #

La découverte s’inscrit dans un mouvement de fond. Depuis 1996, les inventaires botaniques menés à Mayotte ont permis de décrire 50 nouveautés taxonomiques, réparties dans 32 familles. L’île compte 773 espèces de plantes vasculaires, dont 58 strictement endémiques, soit environ 7 %. Le seul mont Choungui, qui culmine à 593 mètres, abrite cinq espèces connues uniquement de ce site.

Cette richesse est d’autant plus fragile que l’habitat est morcelé : les forêts humides ne couvrent que 2 % de la superficie de l’île, et les espaces naturels ne représentent plus que 5 % de la végétation d’origine, d’après les travaux cités par les auteurs. Pour eux, ces découvertes successives « mettent en lumière l’urgence de poursuivre les efforts d’explorations botaniques » sur l’île.

Pour qui s’intéresse à l’identification des plantes, l’histoire de D. boulletiana rappelle une évidence souvent oubliée : une espèce nouvelle ne se signale pas par un éclat particulier. Ici, ce sont une pilosité absente, des stipules effilées et des fleurs plus petites que la moyenne qui ont fait la différence, à condition d’avoir l’œil exercé et de comparer patiemment avec les collections d’herbier. La publication est accessible librement via son identifiant DOI.

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