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Thismia daemona : ce que la « fleur du démon » thaïlandaise dit de l’identification des plantes sans chlorophylle

Une plante presque noire, sans feuilles ni chlorophylle, a rejoint en septembre la liste des espèces connues : Thismia daemona, surnommée « fleur du démon », a été décrite dans la revue PhytoKeys à partir d’une unique population de l’ouest de la Thaïlande. L’éditeur Pensoft en détaille la découverte, qui éclaire aussi la manière dont on identifie ces plantes difficiles à repérer.

En bref
  • Espèce découverte dans le parc national de Thong Pha Phum, vers 1 000 m d’altitude.
  • Moins de 50 individus connus, sur une surface inférieure à un terrain de football.
  • La description s’appuie à la fois sur la morphologie et sur l’analyse moléculaire.

À quoi ressemble cette plante ? #

Sa fleur est principalement noire. Une « mitre » en forme de dôme la coiffe, surmontée d’appendices rappelant des cornes, tandis que des taches d’un orange rougeâtre marquent sa base. Ce sont ces taches, comparées à des yeux incandescents, qui ont inspiré son nom.

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Les auteurs expliquent ce choix par l’aspect de la fleur et par son mode de vie caché, sur le sol forestier. L’appellation reste un surnom : elle n’indique ni danger ni toxicité, et rien dans la publication présentée par Pensoft ne va dans ce sens.

Le genre Thismia regroupe de petites plantes parfois appelées « lanternes de fées ». Elles passent presque toute leur vie sous la litière de feuilles, ce qui les rend très difficiles à repérer lors d’un inventaire.

Comment vit une plante sans chlorophylle ? #

Ces espèces ne font pas de photosynthèse. Elles tirent leurs nutriments de champignons souterrains, un mode de vie appelé mycohétérotrophie. La plante n’a donc pas besoin de lumière pour se nourrir, ce qui lui permet de vivre à l’ombre dense du sous-bois.

Ce fonctionnement n’a rien d’exotique. En France, le Monotrope sucepin exploite de la même façon, par l’intermédiaire de champignons, les produits de la photosynthèse des arbres voisins. La Néottie nid d’oiseau, une orchidée brun jaunâtre, est elle aussi dépourvue de chlorophylle, et ses feuilles sont réduites à des écailles.

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Pour qui herborise, ces plantes rappellent un réflexe utile : l’absence de vert ne signifie pas qu’une plante est morte ou malade. C’est parfois son identité même, et un critère d’identification à part entière.

Pourquoi cette découverte a-t-elle surpris les botanistes ? #

La surprise vient d’abord du lieu. Les Thismia sont surtout connues des forêts de plaine, humides toute l’année. Or cette population pousse dans une forêt sempervirente de montagne, soumise aux saisons, à près de 1 000 mètres d’altitude. Les découvreurs, de l’université Chulalongkorn et de l’université Prince of Songkla, parlent d’une « surprise majeure ».

Elle tient aussi à la répartition. L’espèce appartient à la section Geomitra, connue jusqu’ici uniquement de Malaisie péninsulaire, de Bornéo et de Sumatra. Sa présence en Thaïlande occidentale repousse donc vers le nord l’aire connue de toute la section, pour la première fois. Le pays compte désormais seize espèces de Thismia recensées.

Comment décrit-on une espèce aussi discrète ? #

Le titre de l’article scientifique donne la méthode : la nouvelle espèce est étayée par des preuves « morphologiques et moléculaires ». Autrement dit, les chercheurs ne se sont pas contentés de décrire la fleur, ils ont aussi comparé son matériel génétique.

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Cette double approche compte pour de si petites plantes, dont on observe peu d’individus. Une description fondée sur la seule forme serait plus fragile, surtout lorsqu’une population compte aussi peu de sujets que celle-ci. Cette appréciation est la nôtre : elle ne figure pas telle quelle dans la présentation de Pensoft.

Le classement provisoire de l’espèce suit la même logique de prudence. Avec une seule population, moins de 50 individus et une zone si restreinte, elle est évaluée à titre provisoire en danger critique d’extinction, notamment parce que son habitat se trouve dans un parc national fréquenté par les touristes.

Quelle protection pour une plante qu’on ne voit pas ? #

Le Dr Chantanaorrapint, coauteur de l’étude, plaide pour une approche inspirée du programme de l’Unesco sur l’homme et la biosphère. L’idée consiste à associer les habitants, afin qu’ils soient fiers de ce patrimoine naturel, et à développer un écotourisme mené par les communautés locales.

La leçon vaut bien au-delà de ce parc thaïlandais. Pour les plantes de sous-bois, le piétinement nous semble un risque sérieux, puisqu’on ne protège pas ce qu’on n’a pas remarqué. Quand on croise une espèce rare en forêt, le bon geste reste de la photographier sans la cueillir, en notant le lieu et la date.

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Questions fréquentes #

Thismia daemona est-elle dangereuse ?

Rien ne l’indique dans la présentation de la découverte. Son nom de « fleur du démon » renvoie à son apparence et à son mode de vie caché.

Où pousse cette plante ?

Elle n’est connue que du parc national de Thong Pha Phum, dans l’ouest de la Thaïlande, à près de 1 000 mètres d’altitude.

Peut-on observer des plantes comparables en France ?

Oui, sans parenté directe avec les Thismia : le Monotrope sucepin et la Néottie nid d’oiseau sont eux aussi dépourvus de chlorophylle, et le premier vit aux dépens de champignons.

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